cet été ses livraisons à GRDF. Onze agriculteurs ont ainsi concrétisé leur projet qui doit
consolider leurs activités d’élevage. D’une part, ils diversifient les sources de revenus en
valorisant notamment leurs effluents. « Et la méthanisation soulage également un peu la tension sur
le plan de la main-d’œuvre dans les exploitations. » En effet, quitte à dégrader un peu sa
performance économique, « c’est la SAS qui prend en charge le transport des matières », expliquent
ses dirigeants. À cette fin, l’entreprise de production de gaz est déjà employeur de deux
personnes : un chef d’exploitation et un chauffeur.
L’unité fonctionne sur la base des effluents d’élevage, avec une forte part de fumier, 10 000 t/an,
par rapport aux 4 000 m3/an de lisier, selon le prévisionnel. Le groupe a par ailleurs
sollicité une entreprise autrichienne pour un schéma de fonctionnement bien adapté à un substrat
avec un fort taux de matière sèche.
Il table sur un besoin annuel total de l’ordre de 25 000 t d’intrants pour assurer sa production de
125 Nm3/h. Outre leurs effluents, les éleveurs normands comptent utiliser des poussières
de lin, issues de céréales et un peu de paille, ainsi que de l’ensilage de mais et de la pulpe
surpressée, notamment pour compenser la baisse de l’apport de fumier en été, lorsque leurs animaux
vivent essentiellement à l’extérieur.
C’est le matériel de la cuma des Bosquets, où presque tous les néo-énergiculteurs adhéraient déjà,
qui assure les rotations entre les fermes et le site de méthanisation. La cuma a pour cela investit,
entre autres, dans une benne à front poussant et une citerne de transport(1). Tous ces
aspects de logistique qui impliquent la coopérative ont été étudiés dans le cadre d’un DiNAcuma.
Localement, la prévision de quatre livraisons quotidiennes en moyenne n’a pas manqué de soulever des
craintes du voisinage.
Un objectif de relations de bon voisinage
« Nous nous sommes engagés à ne pas circuler vers 8 h 30 – 9 h et 16 h 30 – 17 h, là où passent les
cars de ramassage scolaire », précise le responsable de la logistique et président de la cuma
Thierry Carpentier. Ce n’est pas là la seule attention que le groupe observe pour favoriser son
intégration dans le territoire. Outre la possibilité ouverte aux riverains d’investir dans le projet
via un financement participatif, les agriculteurs envisagent des dons de digestat pour la
fertilisation des jardins. « C’est quelque chose qui est très apprécié », s’étonne le président de
la SAS, Hubert Leseigneur. Ce biais d’un peu de compost ouvrira aux habitants du coin une porte sur
ce site étrange qu’ils auront vu naître. Le trésorier de la structure Jérôme Vimont y voit « un très
bon moyen d’introduire la discussion, de faire découvrir notre activité réelle…. » Ce sera en somme,
un excellent vecteur de communication. Et au-delà, cette construction « soutient la vie économique
du territoire. Les artisans autour y participent, que ce soit pour l’électricité, le béton, les
finitions… », se réjouit aussi Yves Trolet, membre fondateur de la SAS et élu municipal à
Bois-Héroult, une commune limitrophe qui a aidé la démarche des agriculteurs.
Avant même ses premières ventes de gaz, l’unité des Bosquets a déjà accueilli des agriculteurs en
visite. « La cuma du Haut-Cailly par exemple est déjà venue et nous avons fait d’autres propositions
à des cuma voisines que nous avons l’habitude de côtoyer », explique le trésorier. Il constate que
cette production suscite une certaine curiosité et il résume : « Avant de construire, nous avons
visité. Désormais, c’est un peu à notre tour de partager l’expérience », y compris avec des
agriculteurs porteurs d’un réel projet concret.
La vie du porteur de projet s’est bien complexifiée depuis
Pour ces derniers, entre les cours de l’énergie, les coûts de construction, et une période de
transition au niveau des dispositifs de soutien public, l’environnement est devenu particulièrement
instable pour le moment, constate Jérôme Vimont en reconnaissant que « nous sommes un peu passés
avant tout ça. »
Néanmoins, les associés se confrontent à quelques imprévus, sur les coûts de leur investissement ou
les évolutions réglementaires. Et si la SAS des Bosquets ne sait pas parfaitement de quoi son avenir
sera fait, c’est aussi grâce aux nouveaux projets qui lui seront sans doute accessibles. Jérôme
Vimont regarde le CO2 isolé du biogaz lors de l’épuration. À terme, « il faudra sans doute que nous
le valorisions. » Par ailleurs, un des fournisseurs de l’installation s’est arrangé avec les
agriculteurs pour mettre en place une station expérimentale de distribution de GNV sur leur site. Si
rien ne destine encore la nouvelle unité à diversifier ses valorisations, elle s’expose néanmoins
aux bonnes idées.
plus qui lie le groupe d’agriculteurs voisins et lui donne de la cohérence, ils s’interrogent par
rapport à la gouvernance de ces collectifs. « Je suis trésorier de la cuma depuis longtemps »,
illustre Jérôme Vimont qui tient aussi les chiffres de la méthanisation. « Notre président est
l’ancien président de la cuma. Et l’actuel président de la cuma est aussi dans le bureau de la
SAS… » Derrière les initiatives, on retrouve « un peu toujours les mêmes personnes. »
En résumé
Comment une CUMA peut-elle porter un projet de méthanisation ?
Une CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole) facilite la logistique du projet de méthanisation en investissant dans du matériel spécifique comme des bennes à front poussant ou des citernes de transport. Elle permet aux agriculteurs de mutualiser les coûts de transport des effluents et du digestat, sécurisant ainsi la viabilité économique de l’entreprise de production de biogaz.
Quels sont les avantages de la méthanisation pour un agriculteur ?
Pour l’agriculteur, la méthanisation permet de diversifier les revenus grâce à la vente de biogaz à GRDF, de valoriser les effluents d’élevage (fumier, lisier) et de réduire la charge de travail liée au transport des matières si celle-ci est gérée par la SAS. C’est aussi un levier d’innovation pour la fertilisation des sols via le digestat.
Quel est l'impact d'une unité de biogaz sur le territoire local ?
L’unité de méthanisation soutient l’économie locale en faisant appel aux artisans du territoire pour sa construction et son entretien. Elle favorise également la communication avec les riverains via le financement participatif et le don de compost pour les jardins, tout en s’engageant sur des contraintes logistiques pour préserver la tranquillité du voisinage.
Quels types d'intrants sont utilisés dans une unité de méthanisation collective ?
L’unité des Bosquets utilise environ 25 000 tonnes d’intrants par an, principalement des effluents d’élevage (10 000 t de fumier et 4 000 m3 de lisier). Le mélange est complété par des poussières de lin, des issues de céréales, de la paille, de l’ensilage de maïs et de la pulpe surpressée pour garantir une production constante de 125 Nm3/h.
Quelles sont les perspectives d'avenir pour la méthanisation agricole ?
L’avenir de la méthanisation passe par la valorisation de nouveaux sous-produits comme le CO2 issu de l’épuration du biogaz. Des innovations comme les stations expérimentales de distribution de GNV (Gaz Naturel Véhicule) sur site permettent également de diversifier les débouchés énergétiques et de renforcer l’autonomie du territoire.


